Jacques Frantz et Olivier Sitruk s’affrontent dans “Ernesto Che Guevara, la dernière nuit”. Rencontre.
Evidemment, lorsqu’il entre sur scène et qu’il parle, Jacques Frantz emporte avec lui le public. Sa démarche est claudiquante à cause d’une blessure au genou. Le colosse parait d’argile, tout en colère rentrée. Imposant, présent, en biographe et historien, il incarne le regard du XXIe siècle sur l’oeuvre du révolutionnaire Guevara. “Mon personnage est plein d’indigantion, d’incompréhension, car face au Che, il n’a pas de solutions”. Car si la pièce pose le problème (”peut-on faire une révolution sans violence ?”) elle ne le résoud pas. “Je pense qu’il y a beaucoup de l’auteur dans mon personnage. Il vient chatouiller le mythe là où il est fissuré”.
En “déboulonneur” de statue, Jacques Frantz parvient à faire vaciller un Che plein d’assurance, dogmatique mais aussi... héroïque. Ernesto Che Guevara s’est-il battu pour son idéologie ou pour mourir en héros ? Une révolution peut-elle se mener par l’action politique ou uniquement par les armes ? L’idéal politique peut-il justifier toutes les formes de violence ? Au moment où l’on commémore la chute du mur de Berlin toutes ces questions prennent bien-sûr une coloration historique incontournable. Mais la parole du Che, intensément incarnée par Olivier Sitruk, ne cesse d’interpeller aussi nos consciences endormies. “Et dans votre millénaire, tous ces gens qui meurent de faim, n’est ce pas violent ?” hurle le révolutionnaire à cet Historien “petit bourgeois”.
Un huis clos “historique” où tous les comédiens sont en extrême tension, dans une mise en scène qui laisse la place au texte et à l’expression des acteurs qui composent ce duo comme un tango argentin, entre lutte et abandon.
Jusqu'au 29 novembre. Locations au 04 90 82 40 57 ou sur www.chenenoir.fr
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